Le Tao-ssé

On compte en Chine trois religions principales :
la religion des Lettrés (Jou-kiao), dont l'origine remonte à Confucius, né l'an 550 avant notre ère ;
la religion de Fo ou le Bouddhisme (Chi-kiao), importé de l'Inde vers l'an 65 de Jésus-Christ ; et la religion des Tao-ssé (Tao-kiao), qui regardent Lao-tseu comme le fondateur de leur doctrine.
Ce philosophe célèbre naquit la troisième année du règne de l'empereur Ting-wang, de la dynastie des Tcheou, vers l'an 604 avant notre ère.
Ses grandes destinées furent présagées par des circonstances merveilleuses qui accompagnèrent sa naissance.
Sa mère 2 se trouvant, dit-on, dans un lieu écarté, conçut tout à coup, par la seule impression de la vertu vivifiante du ciel et de la terre, et le porta dans son sein pendant quatre-vingts ans.
Il naquit avec des cheveux blancs, ce qui lui fit donner le surnom de Lao-tseu (l'enfant vieillard).
Il mourut à l'âge de quatre-vingt-un ans (l'an 523 avant Jésus-Christ), dans la vingt-unième année du règne de King-wang, de la dynastie des Tcheou : mais ses sectaires racontent qu'il s'éleva au ciel, monté sur un buffle noir.

Lao-tseu a exposé sa doctrine dans le Tao-té-king (le Livre de la Raison et de la Vertu), ouvrage fameux qui, par sa concision, sa profondeur, ou plutôt par son obscurité, peut être regardé comme le plus difficile de toute la littérature chinoise.
Cependant plusieurs sinologues en font maintenant l'objet de leurs études, et il est permis d'espérer que ce curieux monument de la philosophie antique ne tardera pas à trouver un interprète.

« La morale de Lao-tseu se réduit à éloigner tout désir véhément, à réprimer toutes les passions vives, capables d'altérer la paix et la tranquillité de l'âme.
Selon lui, le soin de tout homme sage doit être d'exister sans douleur et sans chagrin ; et pour parvenir à cette quiétude heureuse, il prescrit de bannir tout retour sur le passé, et de s'interdire toute recherche vaine et inutile sur l'avenir.
Former de vastes entreprises, s'agiter de soins pour les conduire avec succès, se livrer aux soucis dévorants de l'ambition ou de l'avarice, c'est, suivant ce
philosophe, travailler moins pour soi que pour ses descendants.
C'est être insensé que de sacrifier son propre repos et sa félicité personnelle pour procurer le bonheur aux autres, pour enrichir ses fils ou ses neveux.
Lorsqu'il s'agit de notre propre bonheur, Lao-tseu recommande la modération soit dans les désirs qui le font rechercher, soit dans les efforts qu'il faut faire pour l'atteindre, parce qu'il ne regarde point comme un véritable bonheur celui qui est acheté par des peines, des inquiétudes et des tourments de tous les jours.
« Les disciples de ce philosophe altérèrent dans la suite la doctrine qu'il leur avait laissée.
Comme l'état passif, l'état parfait de l'âme, auquel ils voulaient parvenir, était sans cesse troublé par la crainte de la mort, ils publièrent qu'il était possible de trouver un breuvage qui rendit l'homme immortel.
Le désir d'éviter la mort par la découverte de ce précieux breuvage, attira une foule de partisans à la nouvelle secte, qui commença à se montrer avec éclat sous le règne de Wou-ti, cinquième empereur de la dynastie des Han, qui monta sur le trône l'an 140 de notre ère.
Les grands, les hommes opulents, les femmes surtout, plus curieuses et plus attachées à la vie, s'empressèrent d'embrasser la doctrine des Tao-sse.
La pratique des sortilèges, l'invocation des esprits, l'art de prédire l'avenir, firent des progrès rapides dans toutes les provinces.
Les empereurs eux-mêmes accréditèrent cette secte par leur exemple, et bientôt la cour fut remplie d'une foule innombrable de ces docteurs, auxquels on avait décerné le titre de Thien-ssé, ou Docteurs célestes. »
Depuis la dynastie des Han, c'est-à-dire depuis dix-huit siècles, jusqu'à la dynastie actuelle, la secte des Tao-ssé a continué à s'étendre non seulement en Chine, mais même dans un grand nombre de pays voisins.
Elle est aujourd'hui très répandue en Cochinchine, au Tonquin et au Japon.

Thaï-chang, le très élevé, est la dénomination du personnage que la secte des Tao-ssé vénère le plus.
Thaï-chang dit : le malheur et le bonheur de l'homme ne sont point déterminés d'avance ; seulement l'homme s'attire lui-même l'un ou l'autre par sa conduite. la récompense du bien et la punition du mal les suivent comme l'ombre qui suit les corps.

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